samedi 23 février 2013

Simon Maalouf

-Veuillez m'excuser pour le désordre dans mon bureau. Voulez-vous un peu du thé ?
-Avec plaisir, professeur.

Le professeur Simon Maalouf était un expert dans les langues sémitiques, notamment libyque et berbère. Outre son poste dans le Smithsonian Museum, il enseignait à l'université de Boston et participait régulièrement dans plusieurs expéditions archéologiques en Afrique du Nord. Surtout, feu Walter Defoe fut un de ses étudiants avec qui il travailla sur le manuscrit du coran des Berghoitas.

-Walter m'a parlé de vous comme sérieuse et de confiance. Juste avant sa disparition, il m'a parlé d'une clef USB qu'il vous a remis. Merci de l'avoir apporté.
-Il m'a dit que la clef contenait des documents et une clef de décryptage. Mais je ne comprends pas la relation entre le manuscrit et la mort de Walter.
-Vous savez, la dynastie Berghoita n'a été sérieusement étudié que récemment. Étrange pour un Etat qui a été contemporain de 3 grandes dynasties que j'oserai dire "officielles". Encore plus obscure est le dénigrement des historiens arabes pour le royaume de Berghoitas en les traitant d'hérétiques. Les rares textes qu'on dispose sont issus pour la plupart de l'ambassadeur du royaume en Andalousie.
-Et donc, les manuscrits découverts permettront de remettre en question beaucoup de choses.
-Exact. Bon, en tout cas, je vous tiendrai au courant. Je commence l'analyse dès demain.
-D'accord, professeur Maalouf. Je reste à votre disposition.

La radio diffusait du country music. Judith-Zohra travaillait toujours sur son rapport d'autopsie qu'elle devrait remettre à la police scientifique après-demain. L'air de la musique rappelait le premier week-end qu'elle passa à New York quand elle partit voir un concert avec une des cousines américaines. Ces années d'insouciance qu'elle aimerait revenir. Soudain, elle se souvint de sa conversation avec le professeur Maalou qui lui posa une queston particulière :
-Simple curiosité. C'est la première fois que j'entends le nom composé Judith et Zohra. Un mélange de l'hébreux et de l'arabe.
-Vous n'êtes pas le premier. Mon grand père a choisi le nom Judith et mon père Zohra. Il s'est inspiré du nom d'une célèbre chanteuse marocaine qui s'appelait Zohra El Fassia. Et vous ?
-Bien que mon nom semble libanais, ma famille est un vrai melting-pot. Sans prétention, le côté paternel est d'origine libano-irlandaise et le côté maternel navajo-italienne. A chaque réunion familiale, je découvre de nouveaux membres de 2ème ou 3ème génération. Qui dit mieux ?

Soudain, le smartphone la réveilla de ses pensées. Elle le prit et décrcha.
-Cohen parle
Pas de réponse.
-Cohen parle. Qui êtes-vous ?
Pas de réponse mais elle pouvait un son de respiration discret. L'appelant raccrocha.

Judith-Zohra se demanda si ce fut un canular ou quelque chose de plus sérieux. La réponse ne tarda pas avec un son de gazouillis.

"Éloigne-toi pour ton propre bien" Le numéro fut anonymisé.

A suivre...

mardi 8 novembre 2011

Walter Bensousan

Walter Bensousan était homme d'affaires bien connu dans New York et un touche à tout. L'origine de sa famille remonte à son arrière grand-père, un artisan juif de Fès. Ayant émigré au Brésil au 19ème siècle à l'époque de la fièvre du caoutchouc, il fut d'abord exploitant et puis ouvrit une épicerie à Manaus. Son commerce prospérant, il décida de se diversifier dans l'agriculture et le bâtiment. En 1902, il décida de s'établir à São Paolo et se maria avec une polonaise ashkenaze qui était une fille d'un de ses cadres. De cette union naquirent 3 garçons et 2 filles qui ont assuré le développement de l'affaire familiale. Walter, le benjamin de la famille décida se lancer dans la nouvelle technologie et se lança dans une start-up spécialisée dans la miniaturisation des ordinateurs alors étudiant à Berkeley. Petit à petit, les affaires prirent de l'ampleur et il devint sollicité par les investisseurs alors qu'il venait à peine de terminer son bachelor en informatique. Des années plus tard, Walter Bensousan devint un poids lourd dans le commerce électronique ainsi que dans une chaîne de café destinés aux végétariens. En outre, Walter Bensousan était un philanthrope avec des donations destinées à la protection des forêts tropicales et n'hésitait pas à financer des missions d'archéologie dont son université était impliquée. Wilson fut un ami de fac de Walter et bénéficia de son aide lors de sa mission archéologique à Chellah.

Face à face dans un restaurant chic à Manhattan, Judith-Zohra écouta cette histoire tout en sirotant un jus de fruits. Elle a entendu l'histoire des marocains juifs cherchant fortune en Amérique du Sud mais ce fut la première fois qu'elle eut affaire avec un de ses descendants.

-La perte de Wilson est une grande perte pour nous et pour la communauté scientifique. Le royaume mystérieux des Berghoatas était jusqu'à récemment une énigme. C'est grâce à la dernière mission conjointe entre l'université de Californie et le Musée Archéologique de Rabat que des travaux de grandes ampleurs ont pu être réalisé avec comme résultat la découverte du Coran des Berghoatas. Afin de préserver le manuscrit, il a été suggéré de numériser le document et de l'étudier. Cependant, j'ai eu peur que le livre pourrait être de nouveau perdu au Maroc. J'ai proposé d'envoyer le manuscrit à l'université mais ma proposition a été refusée. J'ai peur que tout le travail fait sera perdu.

Judith-Zohra ne dit rien. Elle se contenta d'écouter. Son esprit fut surtout pris par le possible intérêt de Walter Bensimon pour le Coran des Berghoitas. Soudain, elle se rappela de devoir voir le professeur Simon Maalouf au plus vite.

-Je tiens à vous remercier pour cette invitation. Permettez-moi de vous quitter, je devrais revenir à la maison.
-D'accord. Mais j'insiste pour que je vous transporte par la limousine.
-Ce n'est pas grave. Ce n'est pas trop loin de ma maison.

Insistance d'un côté,  refus d'un autre. Judith-Zohra put aller seule à son appartement avec une pluie fine qui tomba depuis la grisaille de New York.

A suivre...

samedi 29 octobre 2011

L'autopsie de Wilson (2)

La nouvelle rendit Judith-Zohra aterrée. A peine qu'elle s'assit sur son lit, elle s'effondra et, bien que ce n'était pas dans sa nature, sanglota à chaudes larmes. Malgré toutes les précautions prises par Wilson, il a été tué. Pourquoi l'éliminer pour une question d'un vieux manuscrit sacré révélant un des grands mystères des Borghoitas ? D'autant plus qu'elle se trouva impliqée dans cette histoire sans en mesurer les conséquences. Après les pleures, elle s'endormit.

La matinée, Judith-Zohra reçut un appel de Michael.

-Je suis désolé pour la nouvelle. Je viens d'avoir plus d'informations il y a peu et je compte sur ta discretion.
Tu peux me dire comment il a été tué ?

-En fait, le meurtre a eu lieu dans la câle des véhicules d'un ferry reliant Tanger à Tarifa. Wilson a reçu une balle dans son dos et des traces de lutte sont visibles. Le ferry portant pavillon marocain et le corps retrouvé dans les eaux territoriales marocaines, ce dernier a été transporté à la morgue de l'hôpital de la ville. Dès que possible, je te transmets le rapport de son autopsie.

Judith prétexta une forte fièvre pour ne pas venir. Elle resta toute la journée dans sa chambre sur son lit attendant un email de Michael avec le rapport. Pour tuer le temps, elle regarda les photos de son séjour au Maroc lors de sa mission : paysages, durant la formation qu'elle prodiguait, avec les participants et quelques responsables, sans parler des photos avec sa famille lors d'une virée à un grand centre commerciale qu'elle a cru venu tout droit des USA. Elle tomba tout à coup sur une photo d'elle avec Wilson dans un site de fouille à Chellah, là où toute cette malédiction a commencé.

Une alerte sur le smartphone sonna. Ce devrait être le message et sa pièce-jointe tant attendue. Elle l'ouvrit et commença à le lire attentivement, l'ordinateur portable sur le lit et ventre bas.

-Bonne lecture et ne dis à personne à propos du document.

D'après le rapport, la mort de Wilson daterait il y a moins de 24 heures. Une balle de 9 mm a pénétré son dos et atteint son poumon droit. Cependant, une trainée de sang dans la câle où sont stationnés les véhicules indiquait qu'il a pu bougé malgré sa blessure. Des cellules épithéliales dans ses ongles et traces de bleus dans certaines zones de son corps indiquaient qu'il s'est défendu contre un ou plusieurs assaillants. Des tests ADN pourraient permettre de déterminer l'identité des meurtriers à condition qu'ils soient dans la base de données.

Quelques jours plus tard, le corps de Wilson fut rappatrié à New York. Après la célébration funéraire auquel Judith-Zohra répondit présente, Wilson a été enterré selon sa volonté à côté de son père dans la tombe familiale des Defoe. Une personne parmi l'assistance attira l'attention de Judith-Zohra : à la fin de la quarantaine, cheveux blancs et courts, visage ferme mais serein et une forme athlétique dans un costume noir enveloppé d'un impérméable éponyme. Tout le monde le saluait avec respect et il a même pris la peine de parler et d'accompagner les parents Defoe. Sans doute le célèbre mécène Walter Bensousan.

A la sortie du cimetière, Judith-Zohra marcha vers la station du bus à destination de Central Park. Soudain, une longue limousine noire passa à côté d'elle et s'arrêta. La fille, prenant quand même ses garde, fit semblant ignorer le véhicule. La fenêtre teintée électrique déscendit et une voix surgit :
-Mademoiselle Cohen ? Judith-Zohra Cohen ?

A suivre...

samedi 16 avril 2011

L'autopsie de Wilson (1)

-Judith-Zohra, on a retrouvé le corps de Wilson dans la calle des véhicules d'un ferry rapide espagnol à destination de l'Espagne.

La disparition rapide de Wilson depuis quelques heures renda Judith-Zohra hésitante. L'ambassade fut mise au courant et les recherches commencèrent. Que faire : revenir aux Etats-Unis ou rester pour les recherches ? Participer aux recherches tout en étant un témoin pourraient remettre en question les investigations. Dans le café de l'aéroport, attendant l'embarquement et sirotant une tasse de lait au chocolat, elle se remit à penser aux dernières instants où elle a vu Wilson. La clé USB fut mis en abri à l'intérieur de sa veste. Cet évènement gâcha la fin de son séjour dans son pays natal. Elle a eu droit à une cérémonie d'adieu de la part de quelques fonctionnaires de l'ambassade et une autre par la famille, sans parler des cadeaux et souvenirs qu'elle apporterait vers ses amis.

Le trajet ne connut pas beaucoup de rebondissement exception le fait d'avoir un escale à Paris pour prendre l'avion à destination de New York et les turbulences atmosphérique. Au retour à son petit studio, elle mit aussitôt son paquetage à terre et se dirigea vers son lit. Le décalage horaire et le voyage l'ont mise à rude épreuve et l'ont jetté dans les bras de Morphée. Toute la journée.

Le quotidien de Judith-Zohra revint. Sauf urgence due à son travail, elle se réveillait à 6 heures du matin. Elle sortait faire du jogging à l'intérieur de Central Park, à moins de 10 minutes. Outre le fait que cela la destressait, elle en profitait également pour être prête au marathon annuel de New York dans quelques mois. Après la douche et un petit-déjeuner constitué de corn flakes, lait et jus, elle descendais vers le métro. Après environ 30 minutes de trafic, elle arrivait au bureau new yorkais du FBI. La médico-legiste passait principalement sa journée entre les laboratoires et la morgue jusqu'à 17h ou 18h. Après le travail, même trajet du métro pour rejoindre ses cousines américaines dans un café pas loin de son domicile qui, par hasard, ne se trouve pas loin de celle de la branche américaine de la famille. Vers 21h, elle préparait ses rapports de travail ou bien regardait la télévision jusqu'à 23h où elle étaignait les feux. 10 jours après son retour du Maroc, elle reçut un message sur son portable alors qu'elle prenait du café à coté du distributeur.

On a retrouvé le corps de Wilson à Madrid. Je te tiendrai au courant dès que possible. Michael

A suivre...

samedi 6 novembre 2010

Les documents découverts de Berghouata

Juidth-Zohra fut révolté par l'attitude de Wilson. Mais elle préféra entendre les explications de sa propre bouche. En attendant, elle déscendit dans le café et prit son petit-déjeuner en attendant Michael. Elle regarda en face d'elle le mouvement du va-et-vient du flux des gens allant vers leur travail ou leurs écoles. Un air du déjà-vu qu'elle verrait mais en plus grand. Elle a effectué sa mission, a pu revoir sa famille et faire quelques tours. Elle s'estima comblé. Soudain, un appel cassa sa pensée. Il fut anonyme mais elle le prit, pensant qu'il s'agirait de Wilson.

-Allo, Jeezee ! C'est Wilson
-Enfin ! Est-ce une façon de me poser un lapin ?
-Désolé mais c'est très grave. D'ailleurs, je suis derrière toi dans le même café.

Surprise, elle se tourna la tête vers l'arrière et vit un Wilson caché au fond, l'air très inquiet. Ses doutes s'avéraient justes.

-Désolé pour ça, mais je suis menacé et personne ne peut m'aider.
-Attends, que veux-tu dire là ? Tu vas quelque chose ?
-Arrête de jouer au détective et laisse-moi parler. Car ma vie est en jeu et c'est en relation avec les travaux que nous effectuons.

Judith-Zohra se demanda si Wilson tomba nez à nez avec des trafiquants des oeuvres archéologiques.

-Cela fait une semaine qu'une découverte majeure a été faite dans notre zone de fouille, au dessous d'un mur de fortification. On y effectuait des travaux d'excavation quand soudain nous sommes tombés sur une boîte en bois orné enveloppé d'une nacelle enterré. Nous nous sommes demandés sur son contenu puisqu'il était hermétiquement fermé. La petite caisse a été transportée au laboratoire du musée d'archéologie de Rabat pour analyse. Lors de l'ouverture de la boîte, des lettres et manuscrits ont été découvertes et seraient rédigées entre 10ème et le 12ème siècle. Mais 2 choses risquent de rendre cette découverte unique : elles furent rédigées à l'époque du la mystérieuse Principauté de Berghouata et surtout on a eu la preuve matérielle de l'existence de leur mythique version du Coran écrit en berbère.

Ce que Wilson a dit renda Judith-Zohra perplexe. L'Histoire ne fut pas sa tasse de thé durant sa scolarité. Alors parler d'une principauté que même les marocains n'savaient ou rien ou très peu releva de la science-fiction.

-Alors, où est le problème ? Ce devrait être plutôt un découverte importante pour le pays.
-Oui, mais à partir de l'instant où on a pu connaître la nature des manuscrits, des évènements étranges se sont passés...

Wilson, asséché, prit une gorgée d'eau et continua à parler.

-Les travaux de fouilles dans notre site est un fruit de collaboration entre notre université et le musée d'archéologie de Rabat. Walter Bensousan, un industriel et philantrope américain dont ses ancêtres étaient venus du Maroc vers le début du 20ème siècle fut notre donateur principale. A l'annonce de la découverte, il se déplaça lui même afin de la voir. Il exprima son désir de financer les travaux de restauration des manuscrits et sa présentation au public. Le lendemain, tout à coup, l'offre du financement du philantrope a été refusé et les travaux ont été suspendus. La direction du musée n'a pas voulu fournir d'explications et a décidé de confisquer les manuscrits alors que nous y travaillons encore. Heureusement que la partie américaine a numérisé les documents par un procédé évitant d'abimer le support, dont je détiens une copie. Hier, après notre rencontre, je suis revenu à mon appartement. A mon retour, j'ai trouvé la porte forcée. J'ai cru à un cambriolage et j'y suis entré. Malgré le désordre causé par les intrus, seul mon ordinateur portable a été volé. Ce qu'ils ne savent pas est que c'est modèle qui ne dispose pas de disque dur puisque nous travaillons en cloud. Pour la sauvegarde, j'ai toujours ma clé USB de grande capacité. Cela veut dire qu'ils vont me chercher. J'ai contacté l'ambassade pour la protection consulaire mais je ne peux pas faire confiance à eux. Alors tu es mon dernier recours.

Judith-Zohra ne sut quoi faire. Les bagages étaient prêts et elle prendrait l'avion du lendemain soir. Alors, des tracas étaient la chose qu'elle avait le moins besoin. Mais si cela cachait quelque chose de grave ? Il fallait prendre une décision.

-Que puis-je faire pour toi ?

Il sortit une clé USB rétractable couleur rouge et plutôt banalisé.

-Je te laisse cette clé USB ainsi que le code de décryptage pour lire les documents. J'ai déjà ma copie. A ton retour, tu confies les informations à un expert en civilisation orientale du Smithsonian Museum, Pr. Simon Maalouf.

Il se leva brusquement compléta : "Je prends la route vers l'Espagne ce soir. Je te rappellerai là-bas. Fais attention à toi." Avant que Judith-Zohra réagisse, il disparut. Même pas une minute, Michael apparit.

-Désolé pour le retard
-On n'y part pas. Il faut suivre Wilson. Il vient tout juste de sortir. Vite.

Elle se leva vite devant l'étonnement de Michael et sortit du café. Wilson a disparu.

Suite...

dimanche 5 septembre 2010

Vie normale...et Wilson

Après un week-end de retrouvaille avec la famille lors du Shabbat et après avoir effectué dimanche matin un hommage à sa défunte cousine Ruth au cimetière israélite en plein quartier populaire, Judith-Zohra retourna à Rabat avec Michael.

-Alors, comment ça s'est passé le repos sabbatique ?
-Au moins, j'ai eu l'occasion de revoir la famille et les amis. Ce n'est pas tous les jour qu'on peut faire ça, surtout avec un temps de travail chargé et imprévisible et le prix exorbitant du billet d'avion. Surtout, c'est la première fois depuis longtemps que j'observe le chabbat, de la part d'une scientifique à la limite agnostique, disait-elle avec un sourire.
-Veinarde va ! J'avais un rendez-vous avec une fille qui travaille dans le consulat américain de Casablanca hier soir dans un restaurant. Puis, je découvre qu'elle a été accompagné par son mari marocain. Ça s'est bien passé mais j'avais la honte.Une malchance !
-Depuis qu'on se connait, je me demande sur ton attirance à toute fille qui soit elle est fiancée ou mariée. Ton cas est grave on dirait. Ricana-t-elle.
-Bon, j'arrête ! Fulmina Michael. Tu connais l'expression "Interdit de parler au machiniste"? C'est maintenant ! Point barre !

Pour une fois que cet humour noir fasse rire l'experte médico-légale, c'est plutôt bon signe.

Le lundi, Judith-Zohra commença son travail. Durant les six mois, elle enseigna les dernières méthodes en matière d'investigation scientifique ainsi que les techniques médico-légales. Son auditoire était suspicieux au début suite à des bruits prétendant que Judith-Zohra Cohen serait israélienne à cause de son nom. Le premier jour, devant les bénéficiaires de la formation, elle repliqua :
Vous avez mon nom. Vous pouvez faire une recherche sur Internet pour lire mes publications sur la médecine légale et la criminologie. Je suis avant tout une marocaine et fière de l'être tout comme le fait d'être américaine. N'hésitez pas à me demander si vous avez une question et je n'ai pas de secret à cacher.

Nous n'étalerons pas sur la suite. En général, la formation et les travaux pratiques sur le terrain a permis aux agents et aux experts des laboratoires scientifiques de la Police et la Gendarmerie d'améliorer leurs méthodes d'investigation. Judith-Zohra n'eut pas le droit d'intervenir dans les enquêtes mais on pouvait lui demander des conseils techniques. La formatrice n'hésita même pas de faire appel à des collègues à Cuppertino via video-conférence dans des questions techniques complexes.

A part le travail, la vie privée de Judith-Zohra consistait de passer Chabbat avec la famille. Elle évitait de parler de son travail à son entourage, disant tout simplement qu'elle était médecin généraliste. Quand le temps le permettait, elle faisait une virée avec quelques amies qu'elle garda contact. Les premiers jours, elle fut hébergée dans un hôtel le temps de lui trouver un hébergement. Ensuite, un appartement lui a été alloué à Agdal. Elle avait comme consigne de prévenir son supérieur et son collègue Michael de ses déplacements hors travail et d'être la plus discrète possible. Les soirées, elle restait dans son appartement travaillant sur son séminaire, corrigeant les copies des participants et un compte-rendu de sa mission. A ne pas oublier qu'elle était une accro au travail.

Arriva la fin de la mission de formation. Dans la salle de formation et en présence de plusieurs responsables, Judith-Zohra remercia tous les participants pour leur attention et remit à chacun son certificat. Plus tard, une collation a été organisé en son honneur. Cependant, elle n'y resta pas longtemps et a parlé brièvement à quelques personnes de l'attendance. Elle fut en période de règle. Alors Michael l'accompagna vers son immeuble et la laissa à l'entrée. Pendant 3 jours, elle ne sortit pas de son appartement et Internet et la télé étaient les seuls liens avec l'extérieur. Heureusement que le frigo fut plein.

A l'antenne du FBI à l'ambassade américaine, un toast fut organisé à l'honneur de Judith-Zohra Cohen. Elle devait retourner à New York dans quelques jours. La petite fête fut simple et conviviale et même le second de l'ambassadeur fut présent. Pas la peine de s'y attarder. Le soir, alors qu'elle rédigea son rapport, sa messagerie électronique l'informa de la venue d'un nouveau message. Elle l'ouvrit et trouva ceci :

Salut Judy,

C'est Wilson, ton ancien camarade de la classe au lycée. Le type intello mais gaffeur. On m'a informé par le biais d'un ami à l'ambassade que tu quittais le Maroc. Si je savais que tu étais ici depuis longtemps, je t'aurai appelé avant.

Actuellement, je travaille dans une mission archéologique au site de Chellah, pas loin de Salé. Très interessant mais dur devant l'état de délabrement de certains monuments et le problème recurrent des chasseurs de trésor qui nous bousillent le travail. En tout cas, on discutera de ça et de nos parcours autour d'un café.Réponds-moi le plus vite possible.

Sincèrement.

Wilson

Le lendemain, ils se rencontrèrent dans un café au dessous de l'appartement de Judith-Zohra. Elle prétexta devant lui sa présence par le fait qu'elle a animé une formation médicale au profit des femmes pour l'USAID. Quant à Wilson DEFOE, après le lycée, il s'est déplacé à Boston afin d'étudier la linguistique et plus tard l'archéologie à l'université où il a obtenu la doctorat. Ayant participé dans plusieurs missions dans le monde, celle du site archéologique de Chellah fut la dernière en date.

-Ainsi, tu nous quitte. C'est vraiment triste.
-En effet, j'aurais aimé aller au Nord visiter Chaouen et même aller en Espagne. Mais bon, je ne suis pas en tourisme.
-Allez ! Je te propose de te faire demain une visite au site de Chellah. Il y a des vestiges romains et une nécropole de l'époque mérinide. Surtout, suite aux récentes pluies, nous avons fait une découverte hallucinante. Je la laisserai comme surprise. Alors ?
-D'accord. Un ami à moi viendrai également.
-Parfait. Demain au même endroit à 9 heures pile du matin.

Dans la baignoire, Judith-Zohra se relaxa tout en jouant à faire des bulles de savon avec ses mains. Enfin, une visite archéologique pour de vrai, pensa la demoiselle.

Judith-Zohra se réveilla tôt le matin. En consultant son smartphone, elle trouva un message de Wilson envoyée à 2 heures du matin avec ceci : Désolé, je ne peux pas venir le matin. Je t'appellerai pour plus d'explication.

Que veut dire le message ? Il se dérobe ou quelque chose de dernière minute l'a prévenu de son projet ? En essayant de l'appeler, elle trouva toujours la boîte vocale. Elle se dit que quelque chose se trama. Mais quoi ?

A suivre...

dimanche 13 juin 2010

La fin dramatique de la cousine Ruth (2)

Gabriel Ohanna était un gynécologue-obstétricien connu à Paris où il est né d'un père marocain, cardiologue de son état, et d'une mère tunisienne. Fils unique, il a étudié la médecine à Paris et plus tard à Cornell où il a choisi la gynécologie comme spécialité. Plus tard, il est entré dans une ONG où il a sillonné plusieurs pays afin de prodiguer les soins aux populations nécessiteuses et acquérir plus d'expérience. Après 3 ans, il ouvrit un cabinet à Paris juste à côté de celui de son père tout en continuant le bénévolat avec d'autres collègues qui visitèrent les sans-papiers pour des consultations gratuites. On l'appelait non sans ironie "le bon Samaritain" et, en dépit de son look d'athlète et sa carrière réussie, il ne jugeait pas encore le temps venu pour avoir une partenaire. Pour lui, en plus du basket-ball et de la natation, le travail et le suivi des patientes étaient le plus important.

Un jour, un de ses collègues lui proposa de participer à un speed-dating.

-Une occasion en or afin de trouver la fille de tes rêve. C'est drôle que tu n'as pas de petite amie alors que tu t'approches de la trentaine.

-Ah bon ?  En fait, ça ne me tente pas vraiment. Et en plus, je me demande comment sera la réaction des candidates si je leur dis que je suis gynéco. Elles auront des idées folles sur moi.

-T'inquiètes !  Essaie et tu vas voir. On ne sait jamais.

Plus tard, ils arrivèrent dans un restaurant branché où le speed-dating fut organisé. Il y avait du monde et on attendait le départ avec impatience. Gabriel a un défi de taille : s'expliquer en un laps de temps devant une dizaine de candidates et de les convaincre que c'est un bon parti. S'il ne réussissait pas, au moins il aurait essayé. Une des candidates fut Ruth qui vint avec ses amies passer samedi soir après une semaine studieuse. Ce fut à cet instant qu'ils ont eu le coup de foudre entre eux. 2 semaines plus tard, ils sortaient ensemble et même Ruth a pu faire connaissance à ses parents. Puis tout à coup, Gabriel n'a plus de nouvelle de Ruth et ses tentatives de la contacter furent veines. Suivit une courte période où le jeune praticien découvrit le chagrin au point que tout le monde s'inquiéta pour lui : cabinet délaissé, seul enfermé dans sa chambre en train de lire ses livres et écoutant à son baladeur. Un jour, durant ses rares navigations sur le Net, il tomba par hasard sur un billet d'un blog parlant du scandale. Ayant vite compris la raison, il se changea et descendit prendre sa voiture à destination de l'INALCO. Il attendit en face plusieurs heures, impatient et en plein froid glacial de l'hiver parisien. Puis il vit les étudiants sortir de l'institution mais aucune trace de Ruth. Gabriel commença à se demander si Ruth a disparu pour de bon. Soudain, il sentit une présence humaine à côté de lui.

-Qu'est ce que tu veux ?! Je n'ai plus envie de te voir ! Je ne veux pas que je te salisse ta réputation ! Cria Ruth avec un air désepéré.
-Pourquoi tu n'as pas pris le temps de m'expliquer ? Tu penses que disparaître résoudre le problème en disparaissant ! Bon, allons discutons ça ailleurs.

Ruth accepta l'invitation et ils discutèrent dans un coin loin des regards dans un café pas loin de l'école. Elle expliqua à cœur ouvert le sujet et Gabriel l'écouta avec attention. A la surprise de celle-ci, le gynécologue lui montra tout son support et il était prêt de prendre sa défense. Ayant compris sa détresse, il l'invita même à habiter chez ses parents. Tout à coup, Ruth enlaça Gabriel avec ses bras et lui dit tout en pleurant : "Merci beaucoup ! Merci !"

Le temps passa et Ruth devint comme un membre de la famille de Gabriel. Il faut dire que la mère surtout n'avait pas apprécié l'idée d'héberger l'étudiante. Mais face à l'insistance du fils et du père qui lui a rappelé un souhait à elle : avoir une fille. Voilà l'occasion. Et une complicité fut établie avec la mère de Gabriel. La mère de Ruth et sa sœur étaient les seules à connaitre ces détails.

A la fin des études et le début de son activité de traductrice dans un cabinet de traduction, la relation entre Gabriel et Ruth s'officialisa avec sa demande en mariage. Il s'est même déplacé avec son père pour réconcilier la fille avec son père juge et demander sa bénédiction, ce qui a été chose faite avec une condition : que la cérémonie de mariage se déroulerait au Maroc. Le père et le fils acceptèrent.

L'été arriva et le couple prirent leur congé annuel. Déjà, les préparatifs étaient en cours et les parents du jeune marié sont déjà à Casablanca chez les Boukhebza. Dès leur sortie du terminal de l'aéroport, un comité d'accueil l'attendait déjà avec des youyous et des cris de joie. Plus tard, Ruth et Gabriel ont été installé dans une voiture différente avec les accueillants. Puis, le convoi des voitures démarra avec en fanfare.

Judith-Zohra était à l'époque au début de sa carrière de médecine légale. De loin, elle a suivi les péripéties de Ruth en gardant son contact avec elle. En entendant son mariage au Maroc, elle décida d'y assister à la cérémonie. Après l'accord de sa hiérarchie pour une semaine de congé, elle partit préparer son voyage. Elle se connecta sur le Net pour acheter un billet d'avion quand elle reçut un appel de sa mère.

-Allo maman ! Ca y est je suis en train d'acheter le billet...
-ARRÊTE TOUT ! ARRÊTE TOUT !

Judith-Zohra, étonnée, entenda un bruit de fond trahissant des cris et des pleurs. Elle comprit la gravité de la situation.

-Ma fille ! dixit sa mère tout en essayant de retenir ses larmes, Ruth est morte il y a peu. Le mariage n'aura plus lieu !

La demoiselle, choquée, laissa tomber son mobile par terre et s'effondra sur le fauteuil de son bureau. Son visage devint grave et commença à pleurer en silence. Elle apprit plus tard que la voiture dans laquelle était Ruth a été écrasé par un conteneur mal placé sur la remorque d'un poids-lourd. Les demoiselles qui accompagnaient la fille étaient décédées aussi sur le coup. Judith-Zohra a mis du temps à se remettre de ce choc. Elle espère durant son passage de visiter le tombeau de Ruth dans le Cimetière Isréalite après le Shabbat. Quant à Gabriel Ohanna, traumatisé par la perte de sa bien-aimée, s'acharna dans son travail pour oublier son chagrin. Aux dernières nouvelles, il s'est marié il y a 2 années avec sa secrétaire et attendent la naissance de leur premier enfant.

-Voilà, Judith ! On est en plein centre de Casablanca. Tu te rappelles encore de l'adresse ?

A suivre...